Archive for February, 2011
Jour 8 – Les raccourcis
Si le taxi a tourné en rond tant de fois vendredi c’est qu’il voulait aller plus vite, il a pris la voie rapide, manqué la sortie, a fait demi-tour, a pris le U-turn trop tôt, deux fois de suite. Les raccourcis ne permettent pas d’apprendre les leçons.
Je suis arrivée ce matin avec quelques réponses à des questions que je me posais et des réponses à des questions que je ne me posais pas. Mais comme je n’ai pas beaucoup de temps aujourd’hui, je vous en reparlerai demain.
Des femmes aussi je vous parlerai demain, car pour les m^me raison, et parce que j’y ai peu travaillé, juste une chose, une question de plus m’est venue, ce matin, quand j’ai remarqué que la femme qui prie elle aussi cassée. Surtout, et sans lien aucun, il y avait de magnifiques fleurs posées sur mon plan de travail.

Il n’est plus temps de baguenauder, il ne reste plus que 3 jours, et nous devons avancer et aboutir. Mission, finir les bois.
Je procrastine sur les féminité en bois, imaginant de les ramener telles quel à Genève, pour en faire des supports à d’autres installations ou des sculptures en bois. Ali n’est pas d’accord avec moi, trouve que c’est du gâchis. Je lui demande de me faire une proposition en bronze, mais mon ventre me dit de les garder en bois. Je remets ma réponse à demain.
Sur le grand cosmos nous avons été efficaces, l’essais de deux socles de taille différentes pour finalement revenir à celui de 40×40 mais un peu plus haut. Un grande tige au milieu pour bien fixer les branches et leur donner l’orientation définitive pour être coulées en bronze (si je me décide ou plutôt si je trouve un lieu d’exposition) et voilà.

Enfin je dis et voilà, mais il n’est pas dit, après avoir vu les photos, je je fasse une petite retouche de ci de là.
Le nouvel arbre s’élance à défaut de me dire qui il est.

Il prend sa forme définitive, ne manque plus que la réflexion sur le socle.

Déjà la fin de journée, nous nous changeons un peu les idées en faisant des expériences. J’emprisonne pendant 20 minutes Ali dans de l’élastomère. Le résultat est approximatif, mais j’apprends.

Il est 19:00, j’arrète de réparer les femmes pour vous parler, vous raconter, il ne me reste plus beaucoup de force, je suis éreinté, et à force de raccourcis je ne vous ai rajoutés quelques questions, donné aucune de mes réponses, peut être demain.
Jour 7- récréation
Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes petites histoires de récréation, de plage, de soleil, de massages, mais ce ne serais pas juste de partager mes peines et de ne pas vous envoyer un peu de soleil de de tranquilité.
Alors voilà, c’était dimanche et comme chez vous il a plu sur la route, mais nous, nous allions à Pattaya.

J’imagine ce que vous imaginez de Pattaya et dans le fond vous n’avez pas tord, il est très déroutant de voir autant d’hommes occidentaux seuls aux café et dans les rues. Quand on arrive on voit une ville moche où le sexe ne s’efface pas totalement la journée dans les petites boutiques de vêtements de plage. C’est du tourisme de masse dans tous ses excès.

Rien ni personne n’échappe à cette pollution touristique. C’est ce qui fait son charme

Alors comme on est là pour profiter de notre jour de congé, on le fait, les massages, les crevettes,les fruits et la sieste sur le transat, les baignades et les coquillages.
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Et quand c’est l’heure de partir, les pieds pleins de sable, et les joues rougies par le soleil, on voit Pattaya avec plus de douceur.

Je vous envoie plein de soleil et de tranquilité.
Jour 6 – Je ne connais toujours pas la patience
Le soleil se lève chaque matin en apportant une promesse ou une leçon qu’il ne connaissait pas la veille.
Que me proposait ce nouveau jour ? Me faire tourner en rond comme le taxi qui m’a fait faire le tour de la highway 3 fois, ou mettre un petit lézard sur mon chemin, signe de chance ici ?
Tourner en rond je le faisais avec les mères, viendront-elles, ne viendront-elles pas, sont-elles déjà là sans que je le sache, ni ne les reconnaisse. Le livreur de la fonderie n’est pas passé, il faut que je m’y fasse, que j’apprenne ma leçon de patience.
De la chance j’en ai eu. Ces branches ramassées avant-hier sont, simplement, les féminités, qu’elles restent en bois ou que je me décide à les faire couler, elles sont

Le tronc aussi, beau et tordu, m’a aidé. Je ne sais pas encore ce qu’il dit, nous ne parlons pas encore avec les mots, mais avec les émotions. Nous devons encore nous ajuster et affiner nos sentiments.

En même temps, l’oiseau a attisé un vent de colère qui sourdait, il s’est cassé. Nous lui avons clos le bec en le démontant, à moins que ce ne soit parce q’on le démontait que tout s’est envenimé. Enfin, en fin de journée il n’était plus que ça. Je ne sais plus si je veux encore l’appeler oiseau. Et il ne reste que 3 jours.

Quand aux femmes, elles sont restées bien sage, profitant des quelques instants que j’avais à leur consacrer. Attendant la photo du soir.

Comme je rangeais mes affaires, inquiète de quitter tout cet univers pour 24 heures, alors qu’il me reste si peu de temps pour tout fini, dans ma précipitation des femmes sont tombées, brisant celle qui s’impatiente…

Le soleil se lève chaque matin en apportant une promesse ou une leçon qu’il ne connaissait pas la veille, il les remportent en se couchant si nous ne les saisissons pas.
A demain
Jour 5-Grosse fatigue
Mes nuits disent ce que le jour ne voit ou n’avoue pas. Elles sont peuplée de rêves inquiets, et ne me réparent pas. Elles me jettent du lit au petit matin. L’adrénaline du jour n’agit pas ce matin et je vais à l’atelier le coeur lourd.
J’arrive tôt, Lukate n’est pas là, en voyage pour 3 jours à Singapour, elle ne revient que lundi.
Sur la table quelques branches en bronze de plus qu’hier, je les photographie pensant trouver plus de matériel pour l’oiseau, l’une d’elles attire mon attention, elle appartient aux mères. Ali arrive et m’informe que nous n’auront presque plus rien d’autre. Devant mon atterrement il s’excuse, ce n’est pourtant pas sa faute si elles ne veulent pas de mes bras ces mères. Il est l’obstétricien diligent qui n’a rien pu faire pour sauver l’enfant. Il me laisse encore un peu d’espoir sur 2 moules qui restent à casser.

Je suis lasse. Nous discutons de détails pratiques, mouler ou les femmes uniques. Faire des 10 femmes une pièce unique ou les laisser comme des pièces individuelles. Je penche pour la première solution, puisque l’ensemble et la femme, chacune une partie, lui propose de faire des assemblages deux par deux qui racontent des histoires.
Je me remets aux femmes, gardant un peu d’espoir que au moins une mère apparaîtra, avant de fondre en une seule pièces toutes les branches. Ali est lui aussi ailleurs, il laisse son outil lui échapper et frôle de peu la catastrophe.

Nanou a fait sa fameuse tarte à l’oignon, l’après midi se passe mieux
Ali décide de s’attaquer à l’oiseau, il est complet, il n’y a pas de raison de remettre en cause son existence. Avec patience et acharnement comme un puzzle de 1000 pieces avec une notice en chinois, le soir il l’a réalisé comme ca:

Je rajoute une femme aux femmes, celle qui fait ses premiers pas.

Comme nous à chaque tournant devant des situations nouvelles, nous nous élançons. Demain sera un nouveau jour.
à demain
Jour 4 – J’apprends la patience
Ce matin Ali est revenu avec l’oiseau encore chaud sorti du moule. 72 heures pour chauffer, a-t-il dit, autant pour refroidir. Il ressemble, aux bébés qui viennent de naitre encore couverts de miscelium. C’est exactement l’impression que j’ai, après l’avoir conçu il faut encore en accoucher. Il est en morceaux tout est à faire.

C’est curieux, il me faut parler des mères comme de mes enfants, peut être avortés. C’est parfois ainsi, être la mère de sa mère, la porter puis la laisser, enfin le croire car ce sont elles qui nous abandonnent, surtout quand elles meurent.
Ali s’inquiète, il préfère les laisser couver encore un peu. Elles sont si fines, l’air peut avoir bouché les évents et empêché le bronze de se répandre dans toutes les petites alvéoles, je vous remontre une photo pour que vous vous souveniez comment elles étaient délicates.

Ali craint que je lui en veuille de ne pas réussir l’impossible. C’est vrai que je lui ai mis un peu de pression en ne voyant pas les mères à mon arrivée, j’ai eu peur d’être venue pour rien, alors qu’il y a tous les possibles et les femmes qui m’attendaient. Mais il s’est mépris. Si les mères dont les branches viennent de Genève, ne veulent pas éclore à Bangkok, et que ne restent que le bois de celles qui m’ont demandée de rentrer, ce sera leur choix à elles. Et nous la respecterons, Peut être une autre sculpture naitra de ce qu’elles auront laissé, peut être apprendrai-je enfin l’humilité.
La matinée est passée en discussions, croquis et essais de formalisation informatique du projet de fontaine pour le Grand Cosmos.

Ali s’essaye à l’alchimie quand il ne travaille pas comme un orfèvre les morceaux d’oiseau, Ti lui vient en aide.

L’après midi est très court, je peaufine les femmes, j’ajoute les ébauche de la femme qui pense, de celle qui avance, et celle qui attend. Vous ai-je dit que ces femmes, toutes ces femmes sont la Femme. Nous sommes toutes ces femmes en même temps parfois l’une parfois l’autre parfois plusieurs, vous laquelle êtes vous en ce moment? (oui même vous messieurs).

Nous partons de nouveau à la recherche de branches, nous ne savons jamais lesquelles ni où elles nous attendent, les chemins sont pleins de surprise, une jungle sur une route goudronnée, une zone industrielle à la fin d’un chemin de terre, un village qu’on s’attendrait a trouver a Laos, et parfois des branches, Celles-ci étaient sur le bord de la route principale, elles nous ont fait penser à des femmes, nous les avons emmenées.

Et puis je suis rentrée fourbue, ravie d’avoir cette fois encore des choses à vous raconter. Pleine de vos réactions aux femmes, à la routine qui s’installe. Heureuse du partage.
Merci,
je vous aime
Nathalie
Jour 3- Les femmes s’épanouissent
C’est un jour doux et clair, une petite brise vient rafraîchir l’air. Je pars légère à l’atelier. Star m’y accueille.

Les mères ne sont toujours pas là et je me demande si je ne leur en ai pas trop demandé (et à Ali aussi), fines comme elles sont, d’aller se transformer en bronze.
Les femmes semblent vouloir sortir de la cire, des qui s’offrent et jouissent, des qui courent, celles qui pensent etc.. En voici quelques unes



JEntre deux femmes, je sors dans le jardin tenter de prendre un peu de soleil en travaillant

Deux masques se hasardent mais laissent Ali dubitatif sur la possibilité de les mouler..

Je vous parlerais peut être demain de l’idée, de l’un d’entre vous, de faire du grand cosmos une fontaine, et que nous avons triturée Ali et moi.
Le soir arrive, pour la première fois je vais au marché derrière l’atelier, à pied, dans le but d’acheter de quoi faire à manger.


Finalement tout se normalise, cela devient un peu chez moi ici si les repas ne se prennent plus au restaurant ou à l’hôtel mais chez soi (enfin chez Ali et Nanou). Est ce que la routine tue la créativité ? Est-ce que je suis venue chercher ici ? Si c’est ce que j’y trouve et que je suis bien alors peut être. Même la peur s’apprivoise et se dompte, enfin je crois, j’espère.
Je vous aime, à demain
Nathalie
Jour 2-Les mères ne sont toujours pas là, les femmes naissent
Ce séjour est sous le signe du lâché prise et je m’y emploie avec acharnement. Ce n’est pas que je n’ai pas peur, je me suis même relevée cette nuit pour la démystifier. Et je lui ai trouvé un nom, gestation.
Elle prend des formes curieuses comme l’oubli. Ainsi, Je suis la fille de ma mère et je ne m’en souviens pas. Je suis la fille de mon père et je ne m’en je ne me souviens pas. Je suis la mère de mes trois enfants et je ne m’en souviens pas, la femme de mon mari et je ne m’en souviens pas, l’amie de mes amis et je ne m’en souviens pas. Cela me donne l’illusion d’être seule, alors qu’ils me laissent tous le champ libre pour créer.
Comme Ali était lui aussi parti à la fonderie pour rendre visite aux mères qui prennent leur temps et me font des secrets, j’ai laissée mes mains aller où elles voulaient et des femmes ont commencé à voir le jour. Des femmes qui s’abandonnent, des qui quittent, d’autres qui accueillent, celles qui prient, celles qui s’offrent les enfants qu’elles sont restées. Elles sont chacune d’entre nous.
En voici quelques ébauches

Je ne me souviens de rien sauf quand je convoque les moments qui nous unissent et quand vous vous rappelez à moi en m’envoyant de vos nouvelles qui me nourrissent.
Merci
Nathalie
Jour 1- Reprise de contact avec la nature
A mon arrivée il y avait bien sûr Lukate et Ali, mais cette fois ils étaient accompagnés par Nanou la femme d’Ali dont j’avais tant entendu parler.
Le GPS nous nous a mené dans le quartier égyptien, et c’était une bonne surprise, nous y avons fêté la révolution qui ne se sentait pas beaucoup au bout du monde. Mais pour Lukate c’était exotique.

Pour nous aussi, les femmes voilées près des temples Thai, l’écriture arabe et l’écriture Thai entremêlées.


Ce matin, je n’ai pas rencontré les mères à l’atelier.
Il y avait Soy, Poo, Tee et Star qui marche. Il y avait Ali, Nanou et Lukate, le confort des lieux familiers.
Ce matin était une page blanche.
Pour s’en distraire nous avons été chercher des branches, avec le secret espoir de retrouver le masque. Derrière les grandes routes, la jungle fait oublier la civilisation, les fruits s’offrent, et les arbres sont sacrés

L’atelier du haut, étant envahi par les toiles d’Ali, les branches du grand cosmos avaient été remisées sur le balcon. Elles m’attendent depuis presque 1 an, elles me hantent et m’appellent. Il y a entre elles et moi une nécessité, Ali le sent, Ali le sait et me propose de remonter le grand Cosmos pour l’exposer dans un lieu public ou le jardin d’un ami (si vous êtes intéressé…). Il me propose de le remonter, de le mouler et puis après nous verrons.

Alors pour la 3ème fois, je remonte le grand cosmos, et cette fois encore il s’offre à moi, me parle et se laisse reconstruire.
Ca a été très vite, ensuite le chaudron de cire était froid, les nouvelles branches se reposaient, alors je me suis arrêtée pour vous écrire.
Et vous comment allez-vous ?
Et c’est parti
Le quatrième envol c’est ce soir.
Je vous fais grâce des valises, des petits cadeaux pour Star, Lukate, Ali et tous les autres, les pinces, les outils, le tablier, les branches pour la patine, les prières en hébreux au cas où, les cartes d’embarquements, les pulls pour l’avionles lunettes de soleil pour l’arrivée.
Mais ce que je partage avec vous c’est la première foule qui s’est installée chez elle hier.

Allez savoir pourquoi il m’a fallu à deux jours de mon départ jeter des branches les unes contres les autres. Créer des mères en bois qui ne voyageront pas, et me font promettre de rentrer.

Certains d’entre vous me l’ont demandé aussi.
Je vous aime
Nathalie
Je sais, je suis ingrate
Je vous cherche, je vous aime, je vous tiens en haleine pendant des jours, je me nourris de votre attention et puis rentrée, je vous oublie. C’est ce que vous croyiez et je ne vous en veux pas. Dans mes replis vous êtes pourtant présents. Sans cesse, je pense à vous, je me ressource. J’ai peine à croire que mes aventures ont existé qu’elles ont données naissance à quelque chose qui nous a unis.
Ali m’envoie des photos.




Le transporteur envoie le tout à Gênes sans se gêner, et moi à Genève je me lance à corps perdu dans d’autres projets du ventre et de l’âme dont je vous parlerai un jour. J’ai donné naissance à ma 3ème foule.

Emballé le tout, l’ai expédié à Bangkok, fissa fissa.

Parce que voyez-vous , vous allez de nouveau avoir des nouvelles de moi.
Je repars en Thaïlande la semaine prochaine.
Je vais encore me nourrir de vous, vous serez mon miroir pour un séjour que je veux paisible sans attente, seule avec les mères et l’oiseau, le vide et vous juste derrière.