Archive pour la catégorie ‘Feminites’
Jour 3- Les femmes s’épanouissent
C’est un jour doux et clair, une petite brise vient rafraîchir l’air. Je pars légère à l’atelier. Star m’y accueille.

Les mères ne sont toujours pas là et je me demande si je ne leur en ai pas trop demandé (et à Ali aussi), fines comme elles sont, d’aller se transformer en bronze.
Les femmes semblent vouloir sortir de la cire, des qui s’offrent et jouissent, des qui courent, celles qui pensent etc.. En voici quelques unes



JEntre deux femmes, je sors dans le jardin tenter de prendre un peu de soleil en travaillant

Deux masques se hasardent mais laissent Ali dubitatif sur la possibilité de les mouler..

Je vous parlerais peut être demain de l’idée, de l’un d’entre vous, de faire du grand cosmos une fontaine, et que nous avons triturée Ali et moi.
Le soir arrive, pour la première fois je vais au marché derrière l’atelier, à pied, dans le but d’acheter de quoi faire à manger.


Finalement tout se normalise, cela devient un peu chez moi ici si les repas ne se prennent plus au restaurant ou à l’hôtel mais chez soi (enfin chez Ali et Nanou). Est ce que la routine tue la créativité ? Est-ce que je suis venue chercher ici ? Si c’est ce que j’y trouve et que je suis bien alors peut être. Même la peur s’apprivoise et se dompte, enfin je crois, j’espère.
Je vous aime, à demain
Nathalie
Jour 2-Les mères ne sont toujours pas là, les femmes naissent
Ce séjour est sous le signe du lâché prise et je m’y emploie avec acharnement. Ce n’est pas que je n’ai pas peur, je me suis même relevée cette nuit pour la démystifier. Et je lui ai trouvé un nom, gestation.
Elle prend des formes curieuses comme l’oubli. Ainsi, Je suis la fille de ma mère et je ne m’en souviens pas. Je suis la fille de mon père et je ne m’en je ne me souviens pas. Je suis la mère de mes trois enfants et je ne m’en souviens pas, la femme de mon mari et je ne m’en souviens pas, l’amie de mes amis et je ne m’en souviens pas. Cela me donne l’illusion d’être seule, alors qu’ils me laissent tous le champ libre pour créer.
Comme Ali était lui aussi parti à la fonderie pour rendre visite aux mères qui prennent leur temps et me font des secrets, j’ai laissée mes mains aller où elles voulaient et des femmes ont commencé à voir le jour. Des femmes qui s’abandonnent, des qui quittent, d’autres qui accueillent, celles qui prient, celles qui s’offrent les enfants qu’elles sont restées. Elles sont chacune d’entre nous.
En voici quelques ébauches

Je ne me souviens de rien sauf quand je convoque les moments qui nous unissent et quand vous vous rappelez à moi en m’envoyant de vos nouvelles qui me nourrissent.
Merci
Nathalie
Et c’est parti
Le quatrième envol c’est ce soir.
Je vous fais grâce des valises, des petits cadeaux pour Star, Lukate, Ali et tous les autres, les pinces, les outils, le tablier, les branches pour la patine, les prières en hébreux au cas où, les cartes d’embarquements, les pulls pour l’avionles lunettes de soleil pour l’arrivée.
Mais ce que je partage avec vous c’est la première foule qui s’est installée chez elle hier.

Allez savoir pourquoi il m’a fallu à deux jours de mon départ jeter des branches les unes contres les autres. Créer des mères en bois qui ne voyageront pas, et me font promettre de rentrer.

Certains d’entre vous me l’ont demandé aussi.
Je vous aime
Nathalie
C’est presque fini, et je plane
J’ai eu des remords à vous avoir fait partager mes états d’âme.
Ce matin je me suis levée légère et reposée, et tous mes doutes m’ont semblée faire partie d’une autre vie. Je me souviens avoir eu peur, avoir été découragée et pleuré les deux autres fois où j’étais ici. L’exaltation qui avait suivi m’avait fait oublié les doutes. Je pourrais écrire la chronique de ces angoisses, mais n’oserais pas planifier la délivrance comme une réalité inexorable. Et cependant vivant ou mort l’enfant doit sortir.
Et bien je vous le dis, c’est un très joli bébé. Comme toutes les mères, ou presque, je suis comblée et si vous ne décelez pas encore ses promesses, moi je sais qui il sera, qui elles seront. Et puis je ne suis plus à mon premier enfant et je devais m’occuper des précédents les élever les éduquer les faire grandir, comme me l’a écrit ma douce Hélène. Chercher ce qu’il y a de mieux pour eux, comment leur permettre de donner tout leur potentiel.
Et de nouveau Ali a été présent attentif, astucieux et patient. Je lui ai fait défaire toutes les tiges des foules, que j’avais insister pour faire souder contre son avis. ET nous avons trouvé ce système :
Le totem a été re-désossé et remonté pour des broutilles qui ne me laissaient pas tranquille, un masque pas droit, un autre sans force, une branche sans force.
Comme une enfant gâtée rien ne me satisfaisait, ni l’écorce, ni la spirale, tout faisait décors. Et ce soir, comme à ce jeux ou chacun tire un peu sur une corde pour faire s’élancer la balançoire, qui finit pas s’envoler, nous avons trouvé. Je vais jeter toutes les prières que j’ai patiemment écrites à l’envers pour en faire l’emprunte et recommencer demain à l’aube. Le tronc va garder sa pureté pour témoigner. Voilà où sera gravée la prière
Pour ce qui est des mères, je laisse Emile en parler :
« J’ai toujours eu un amour particulier pour les arbres et les troncs… et les pierres: Et un autre pour toi qui nous fait rêver. d’histoires de fertilité et de mères lointaines et si proches de nos terres d hommes aussi remplies d enfants,
qui ensuite partent à travers le monde, légers de leurs histoires de parents auxquelles ils savent donner le juste poids afin de vivre leur vraie vie… »
Je précise juste que le cercle n’est qu’un support pour le montage, je veux des mères libres.
Ce soir Lukate, Ali et moi avons été diner tranquillement, comme au bon vieux temps, avec des rires et de l’émotion. C’est bon d’être avec des amis.
Demain sera une journée follement gaie de l’accomplissement et très triste de la séparation. Mais ce sera demain.
Je vous aime, merci de votre présence.
Nathalie
Jour 4-Je n’ai pas pu dormir
Je leur avait demandées de me parler pendant la nuit, de me dire en rêve ce que je n’entendais pas le jour
Elles ont préférées me garder éveillée pour me révéler qu’elles étaient les mères. Celles qui vivent pour l’enfant et par lui, celles qui vivent malgré l’enfant, presque sans lui, celles dont les enfants sont les racines et qui avancent ancrées parfois lestées, celles qui l’attendent , celles qui les attendent, celles qui le sont, celles qui le deviennent, les mères, toutes les mères.
Elles sont fragiles et pleines de bourgeons, si on ne les voit pas on les reconnait souvent à leurs enfants, il leur faut un écrin, et cela aussi m’a tenue réveillée
Je me suis demandée quelle mère j’étais à 3 heures du matin, cela m’a donné faim ce qui ma fait penser à la mienne,j’ai pleuré et je me suis endormie
Tout de suite après c’était le matin
La nuit m’avait demandé de prendre soin de ceux qui m’attendaient, alors j’ai corrigé la position des danseurs et été dire bonjour au grand cosmos qui attend sagement, démonté, le jardin qui accueillera ses 4m d’envergure (je vous le remontre pour mémoire)
J’ai fini la prière à la lune, demain je ne graverai par le nom de D.ieu. Regardé les Mères dans tous les sens, pensé à de nouveaux écrins. Observé les branches en bronze et celles en bois.
Et comme j’avais des petits poissons séchés à acheter et besoin de légèreté, nous avons mis le cap sur Chinatown qui est comme une grande caverne d’Ali Baba je m’en suis donné à coeur joie



Ouf, je n’ai plus le sentiment d’être venue pour rien.
Bon, bon c’est un peu exagéré, je veux dire de n’être venue servir que les créations passées. Le manque de sommeil, la tension et cet état de découragement que je retrouve chaque fois comme une mauvaise amie, me laissent abandonnée.
Mais ce soir, je suis soulagée, mais incapable d’apprendre que chaque fois c’est pareil, parce que cela semble toujours être une grâce qui se mérite.
Non pas de femme sauvage, pas de waouh, juste la sensation au creux du ventre que ça marche. Les mères se sont offertes, elles se sont couchées, mais ne brûlons pas les étapes ce serait trop facile de savoir la fin sans connaître les affres
Tout d’abord le Totem, qui a été très désossé encore aujourd’hui et en regardant les photos je m’aperçois que ce n’est pas fini, il s’est paré de sa prière à la lune (qui sera en bronze, mais est présenté ici en cire) en spirale, en bandeaux et en écorces, ici tout le monde préfère en écorce


Une pose déjeuner et un joli dessert qui mérite mieux que ce qu’il semble offrir…

…Tout comme les mères, qui ne vous parlerons peut être pas. je pensais devoir les parer comme des reines pour les mettre en valeur et les honorer.


Et pourtant leur essence même est suffisante. C’est mon ami Piero qui me l’a écrit hier comme dans une vision prémonitoire : « ces arbres hybrides et biologiquement improbables sont de plus en plus beaux et de plus en plus humains.Les branches de « l’être » s’écrivent donc bien avec un « h » « très inspiré ». Elles seront fixées sur une tige invisible, et viendront se poser qui sur un pied qui sur le mur.


Et voilà, je vais aller me coucher tôt, soulagée presque sereine. Demain, dimanche, c’est relâche, nous partons à la plage de Hua Hin, je sais cela semble injuste car chez vous (moi) il neige, mais cela je suis sûre de l’avoir mérité
Le temps vole
Déjà.

Je regarde le temps qui fuit, s’inscrit dans les feuilles et s’envole avec elles.
Aucune nostalgie dans mes paroles, un regard paisible seulement sur ce qui s’écoule et me nourrit.
Très concentrée je ne vous avais pas donné signe de vie, alors qu’il n’est question que de cela.
Depuis septembre, la femme sauvage, et les foules ont trouvées leurs maisons, qui dans un jardin, qui dans un salon, me laissant le vide nécessaire pour la création. Elle s’est nourrit de féminités, de foules, de lignes de vie et de cuisine, mais sur ce dernier chapitre je reviendrais un autre jour.
Pour un petit goût de ce qui m’a occupée voici quelques photos des broderie de féminités



Elles déroulent leur histoire, unique. de la conception à la mort, un début et une fin qui se mélangent et se suivent, se succèdent. Des vies où elles grandissent, murissent, enfantent se perdent et se retrouvent se construisent et s’apprêtent. Selon leur époque leur pays leurs compatriotes, la langue et la culture font d’elles ce qu’elles sont. Elles s’y confrontent et parfois s’en affranchissent.
Leurs histoires me sont chuchotées, je ne les comprends pas toutes, je ne comprends pas tout, mais tente de redire fidèlement ce qu’elles me confient.
Adam et Eve
Est-ce le début ou la fin ? Une nouvelle ligne de vie qui préfigure les Féminités. L’homme et la femme se rencontrent, se retrouvent forcément, si ils s’aiment, ne font plus qu’un. S’agit-il du couple ou de l’individu qui porte l’autre en lui ?
Gravés :
(Genèse, chap.1, vers.27) : Dieu créa l’Homme à son image; c’est à l’image de Dieu qu’il le créa. Mâle et femelle il les créa.
(Genèse, chap.2, vers.18) : L’Eternel-Dieu dit : « il n’est pas bon que l’homme soit solitaire; je lui ferais une aide à ses côtés (une aide conjointe ou équivalente) »
(Genèse, chap.2, vers.24) : C’est pourquoi l’homme abandonne son père et sa mère; il s’unit à sa femme, et ils deviennent une seule chair. »







