Archive for the ‘Thaïlande’ Category
L’oiseau vient d’arriver, et voulait vous voir.
Il est né très vite, dans un souffle, entre une fin et un début. Il s’est immédiatement envolé emportant avec lui les promesses blessées des mères.

Ces mères qui n’ont pas voulu se laisser idolâtrer, préférant vivre de, et dans, nos souvenirs. Refusant d’être posées en relique puis oubliées par des enfants distraits. De leur passage, elles n’ont laissé pudiquement que quelques brindilles.
Par pure ironie, l’oiseau, majestueux, vilain petit canard déguisé en cygne, vole. Tournant autours des cendres de ces mères, appelant la sienne, à le regarder, il a pris leur esprit sous son aile, un nid fait de brindilles de cornu et d’hêtre.

Aujourd’hui l’accueillant en mon sein, moi l’ogresse recherchant sans fin ma condition de fille, perdue depuis longtemps, je le libère pour qu’il s’envole jusqu’à vous.
(pour retrouver les mères et leurs cendres cliquez ici et ici)
Les femmes étaient en souffrance mais Lukate était à l’hôpital
Peu de mots depuis mars, beaucoup de silence intérieur et des tempêtes aussi.
Je travaillais à mes féminité mettant sur le papier des secrets qui ne m’étaient pas accessibles, attendant que mes femmes me rejoignent. Mais elles étaient en souffrance, comme Lukate à l’hôpital depuis avril hors d’elle et du monde, comme Ali perdu, seul en pays plus étrange maintenant qu’elle n’est plus là pour lui servir de langue.
Tout s’est mis au ralenti comme dans du coton, un rêve dont on ne sait si il est bon ou mauvais, la suspension du temps.
Des pas tout petits, pour décider d’un socle, pour envoyer un dossier, rencontrer une personne par ci et par la.
Le bateau est finalement parti de Bangkok le 27 mai avec à son bord des puzzles, un oiseau, un danseur, des socles, deux foules, un inventaire à la Prévert.
Vous me manquiez j’avais au bord du coeur tant de choses à vous dire et je sais que c’était réciproque.
Alors pour ne plus perdre le fil de nos vies voici quelques images de la mienne ici. Elle est faite d’autres matières que le bois et le bronze. elle reste organique et viscérale. Elle s’étale aux doigts sur le papier, se brule sur les journaux et se brode sur des canevas en fil de fer.
Aujourd’hui je ne vous donne à voir quelques encres et secrets

Je garde encore pour moi la cuisine, dont je vous ai déjà suggéré la présence, qui depuis près d’un an grâce à mes deux complices, va se décliner en un livre sur le partage et l’amour. Il n’est pas encore temps d’en parler, elle pourrait vous sembler aujourd’hui bien anodine.
J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, je la garde pour encore un tout petit peu.
A bientôt
Ca y est je suis rentrée à Genève, le voyage s’est bien passé , merci. Le temps de dormir, de voir un film italien formidable, “La prima cosa bella” et ainsi d’évacuer beaucoup d’émotion contenue, j’étais arrivée.
les mères de bois et de peut être m’ont accueillie comme l’enfant prodigue. Nous avons fait silence sur celles que j’ai laissées là bas. J’ai retrouvé les femmes bien empaquetées, et je vous écris pour vous dire au revoir.

Vous avez été des compagnons de route formidables. Mais ce voyage s’achève maintenant. Nous allons, nous souvenir des moments passés ensemble et il restera plus que des belles images.
D’ici 3 mois, je recevrais l’oiseau, la 3ème foule, les femmes, et les féminité en bois

Et dès la semaine prochaine, le Totem, la 2ème foule et le danseur.

Je pourrais vraiment partager avec vous mon travail.
Et quand l’envie m’en prendra, que la nécessité se fera impérieuse, qu’il faudra en découdre pour finir le grand cosmos ou le nouvel arbre, que de nouvelles foules seront prêtes et de nouvelles femmes aussi, alors je vous re-solliciterais. Les difficultés nous les aurons oubliées, ne gardant en mémoire que les oeuvres partagées. Pour ce nouveau voyage, nous revivrons tout intensément, en se demandant pourquoi on a été se mettre dans cette galère.
Mais de se savoir ensemble nous aidera à passer le cap.
C’était un petit morceau de vie.
Merci de m’avoir suivie
Jour 9- L’orage est passé, le soleil est de retour
Je vous le dis tout de suite, j’ai passé une excellente journée.
j’ai écrit cet email hier, enfin en partie. D’abord parce que je m’en suis voulue de vous faire des secrets et ensuite parce que j’étais pas sûre d’avoir plus de courage aujourd’hui, alors qu’il ne reste que quelques heures de travail et que de mon point de vue rien n’est fini.
Je sais que quand je partirais demain soir, et nous devons plier bagage tôt pour aller dîner à Chinatown avant de prendre l’avion, ce que je laisserais sera de toutes façons inachevé. Mais je préfère que ce soit le moins incomplet possible. (Il m’arrive de regretter d’avoir été trop loin, mais c’est une autre histoire.)
Donc je vous parlais hier de réponses, de questions, presque de philosophie, jugez plutôt.
Voila ce qu’il restait des mères après leur passage dans les creusets de bronze.
En fait vaguement la possibilité de faire 1 mère ou 2 rachitiques.

Un rendez-vous manqué.
Quoique, une idée a germée à voir toutes ces jolies petites branches , faire un nid des toutes petites branches et le lover dans l’oiseau. Un nid comme celui trouvé dans une des branches ramassées.

En novembre j’avais créée une allégorie qui se synthétise aujourd’hui (enfin, aujourd’hui nous avons manqué de temps, mais si cela doit être cela se synthétisera demain.)
Les femmes ont aussi des mères et en sont parfois, David a ressenti ma mère à travers la femme qui prend dans ses bras. Les femmes sont multiples elles sont beaucoup de choses et même des choses qui s’opposent. Les femmes que j’ai créées ici sont une femme, l’ensemble est un puzzle de 10 pièces dont la somme est une femme, ou plusieurs puzzles de tailles différente dont la somme est toujours une femme. Est-ce vous ?

Voila il est temps de vous présenter la 3ème foule. Comme les mères elle me proposent une énigme, nous étions 48 à rentrer dans le chaudron, nous annonçons ressortir 45, mais finalement nous sommes 46 ou 47. Pourquoi ?

Parce que le bronze n’est pas une science exacte, que le hasard vient ajouter sa touche de magie, ajoutant ou enlevant, remettant l’artiste a sa toute petite place humaine.
Et comme pour chaque naissance de foule on rediscute à l’infini des socles, une nouveauté nous occupe une partie de l’après midi


Rien n’est fini, sauf peut être le Grand Cosmos sur lequel j’ai encore passé deux heures ce matin, les puzzles de femmes sont totalement inachevés, l’oiseau doit trouver un socle si je décide de ne pas l’accrocher au plafond, les foules aussi, mais elles c’est sûres qu’elles ne seront pas accrochées au plafond. Bref je ne vous fais pas un dessin. Mais cette journée était formidable, d’abord parce que en me réveillant outre vos emails il y avait celui de ma poulette qui me donnais de ses nouvelles en photos, d’autre part parce que Lukate est rentrée et enfin parce que avec Ali on a bien rigolé et c’est comme ça qu’on travaille le mieux.


Vous vous en doutez, demain est un jour très spécial, La petite Star fêtera son premier anniversaire, et JR sonTED-price
Alors à demain
Jour 8 – Les raccourcis
Si le taxi a tourné en rond tant de fois vendredi c’est qu’il voulait aller plus vite, il a pris la voie rapide, manqué la sortie, a fait demi-tour, a pris le U-turn trop tôt, deux fois de suite. Les raccourcis ne permettent pas d’apprendre les leçons.
Je suis arrivée ce matin avec quelques réponses à des questions que je me posais et des réponses à des questions que je ne me posais pas. Mais comme je n’ai pas beaucoup de temps aujourd’hui, je vous en reparlerai demain.
Des femmes aussi je vous parlerai demain, car pour les m^me raison, et parce que j’y ai peu travaillé, juste une chose, une question de plus m’est venue, ce matin, quand j’ai remarqué que la femme qui prie elle aussi cassée. Surtout, et sans lien aucun, il y avait de magnifiques fleurs posées sur mon plan de travail.

Il n’est plus temps de baguenauder, il ne reste plus que 3 jours, et nous devons avancer et aboutir. Mission, finir les bois.
Je procrastine sur les féminité en bois, imaginant de les ramener telles quel à Genève, pour en faire des supports à d’autres installations ou des sculptures en bois. Ali n’est pas d’accord avec moi, trouve que c’est du gâchis. Je lui demande de me faire une proposition en bronze, mais mon ventre me dit de les garder en bois. Je remets ma réponse à demain.
Sur le grand cosmos nous avons été efficaces, l’essais de deux socles de taille différentes pour finalement revenir à celui de 40×40 mais un peu plus haut. Un grande tige au milieu pour bien fixer les branches et leur donner l’orientation définitive pour être coulées en bronze (si je me décide ou plutôt si je trouve un lieu d’exposition) et voilà.

Enfin je dis et voilà, mais il n’est pas dit, après avoir vu les photos, je je fasse une petite retouche de ci de là.
Le nouvel arbre s’élance à défaut de me dire qui il est.

Il prend sa forme définitive, ne manque plus que la réflexion sur le socle.

Déjà la fin de journée, nous nous changeons un peu les idées en faisant des expériences. J’emprisonne pendant 20 minutes Ali dans de l’élastomère. Le résultat est approximatif, mais j’apprends.

Il est 19:00, j’arrète de réparer les femmes pour vous parler, vous raconter, il ne me reste plus beaucoup de force, je suis éreinté, et à force de raccourcis je ne vous ai rajoutés quelques questions, donné aucune de mes réponses, peut être demain.
Jour 7- récréation
Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes petites histoires de récréation, de plage, de soleil, de massages, mais ce ne serais pas juste de partager mes peines et de ne pas vous envoyer un peu de soleil de de tranquilité.
Alors voilà, c’était dimanche et comme chez vous il a plu sur la route, mais nous, nous allions à Pattaya.

J’imagine ce que vous imaginez de Pattaya et dans le fond vous n’avez pas tord, il est très déroutant de voir autant d’hommes occidentaux seuls aux café et dans les rues. Quand on arrive on voit une ville moche où le sexe ne s’efface pas totalement la journée dans les petites boutiques de vêtements de plage. C’est du tourisme de masse dans tous ses excès.

Rien ni personne n’échappe à cette pollution touristique. C’est ce qui fait son charme

Alors comme on est là pour profiter de notre jour de congé, on le fait, les massages, les crevettes,les fruits et la sieste sur le transat, les baignades et les coquillages.
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Et quand c’est l’heure de partir, les pieds pleins de sable, et les joues rougies par le soleil, on voit Pattaya avec plus de douceur.

Je vous envoie plein de soleil et de tranquilité.
Jour 6 – Je ne connais toujours pas la patience
Le soleil se lève chaque matin en apportant une promesse ou une leçon qu’il ne connaissait pas la veille.
Que me proposait ce nouveau jour ? Me faire tourner en rond comme le taxi qui m’a fait faire le tour de la highway 3 fois, ou mettre un petit lézard sur mon chemin, signe de chance ici ?
Tourner en rond je le faisais avec les mères, viendront-elles, ne viendront-elles pas, sont-elles déjà là sans que je le sache, ni ne les reconnaisse. Le livreur de la fonderie n’est pas passé, il faut que je m’y fasse, que j’apprenne ma leçon de patience.
De la chance j’en ai eu. Ces branches ramassées avant-hier sont, simplement, les féminités, qu’elles restent en bois ou que je me décide à les faire couler, elles sont

Le tronc aussi, beau et tordu, m’a aidé. Je ne sais pas encore ce qu’il dit, nous ne parlons pas encore avec les mots, mais avec les émotions. Nous devons encore nous ajuster et affiner nos sentiments.

En même temps, l’oiseau a attisé un vent de colère qui sourdait, il s’est cassé. Nous lui avons clos le bec en le démontant, à moins que ce ne soit parce q’on le démontait que tout s’est envenimé. Enfin, en fin de journée il n’était plus que ça. Je ne sais plus si je veux encore l’appeler oiseau. Et il ne reste que 3 jours.

Quand aux femmes, elles sont restées bien sage, profitant des quelques instants que j’avais à leur consacrer. Attendant la photo du soir.

Comme je rangeais mes affaires, inquiète de quitter tout cet univers pour 24 heures, alors qu’il me reste si peu de temps pour tout fini, dans ma précipitation des femmes sont tombées, brisant celle qui s’impatiente…

Le soleil se lève chaque matin en apportant une promesse ou une leçon qu’il ne connaissait pas la veille, il les remportent en se couchant si nous ne les saisissons pas.
A demain
Jour 4 – J’apprends la patience
Ce matin Ali est revenu avec l’oiseau encore chaud sorti du moule. 72 heures pour chauffer, a-t-il dit, autant pour refroidir. Il ressemble, aux bébés qui viennent de naitre encore couverts de miscelium. C’est exactement l’impression que j’ai, après l’avoir conçu il faut encore en accoucher. Il est en morceaux tout est à faire.

C’est curieux, il me faut parler des mères comme de mes enfants, peut être avortés. C’est parfois ainsi, être la mère de sa mère, la porter puis la laisser, enfin le croire car ce sont elles qui nous abandonnent, surtout quand elles meurent.
Ali s’inquiète, il préfère les laisser couver encore un peu. Elles sont si fines, l’air peut avoir bouché les évents et empêché le bronze de se répandre dans toutes les petites alvéoles, je vous remontre une photo pour que vous vous souveniez comment elles étaient délicates.

Ali craint que je lui en veuille de ne pas réussir l’impossible. C’est vrai que je lui ai mis un peu de pression en ne voyant pas les mères à mon arrivée, j’ai eu peur d’être venue pour rien, alors qu’il y a tous les possibles et les femmes qui m’attendaient. Mais il s’est mépris. Si les mères dont les branches viennent de Genève, ne veulent pas éclore à Bangkok, et que ne restent que le bois de celles qui m’ont demandée de rentrer, ce sera leur choix à elles. Et nous la respecterons, Peut être une autre sculpture naitra de ce qu’elles auront laissé, peut être apprendrai-je enfin l’humilité.
La matinée est passée en discussions, croquis et essais de formalisation informatique du projet de fontaine pour le Grand Cosmos.

Ali s’essaye à l’alchimie quand il ne travaille pas comme un orfèvre les morceaux d’oiseau, Ti lui vient en aide.

L’après midi est très court, je peaufine les femmes, j’ajoute les ébauche de la femme qui pense, de celle qui avance, et celle qui attend. Vous ai-je dit que ces femmes, toutes ces femmes sont la Femme. Nous sommes toutes ces femmes en même temps parfois l’une parfois l’autre parfois plusieurs, vous laquelle êtes vous en ce moment? (oui même vous messieurs).

Nous partons de nouveau à la recherche de branches, nous ne savons jamais lesquelles ni où elles nous attendent, les chemins sont pleins de surprise, une jungle sur une route goudronnée, une zone industrielle à la fin d’un chemin de terre, un village qu’on s’attendrait a trouver a Laos, et parfois des branches, Celles-ci étaient sur le bord de la route principale, elles nous ont fait penser à des femmes, nous les avons emmenées.

Et puis je suis rentrée fourbue, ravie d’avoir cette fois encore des choses à vous raconter. Pleine de vos réactions aux femmes, à la routine qui s’installe. Heureuse du partage.
Merci,
je vous aime
Nathalie
Jour 3- Les femmes s’épanouissent
C’est un jour doux et clair, une petite brise vient rafraîchir l’air. Je pars légère à l’atelier. Star m’y accueille.

Les mères ne sont toujours pas là et je me demande si je ne leur en ai pas trop demandé (et à Ali aussi), fines comme elles sont, d’aller se transformer en bronze.
Les femmes semblent vouloir sortir de la cire, des qui s’offrent et jouissent, des qui courent, celles qui pensent etc.. En voici quelques unes



JEntre deux femmes, je sors dans le jardin tenter de prendre un peu de soleil en travaillant

Deux masques se hasardent mais laissent Ali dubitatif sur la possibilité de les mouler..

Je vous parlerais peut être demain de l’idée, de l’un d’entre vous, de faire du grand cosmos une fontaine, et que nous avons triturée Ali et moi.
Le soir arrive, pour la première fois je vais au marché derrière l’atelier, à pied, dans le but d’acheter de quoi faire à manger.


Finalement tout se normalise, cela devient un peu chez moi ici si les repas ne se prennent plus au restaurant ou à l’hôtel mais chez soi (enfin chez Ali et Nanou). Est ce que la routine tue la créativité ? Est-ce que je suis venue chercher ici ? Si c’est ce que j’y trouve et que je suis bien alors peut être. Même la peur s’apprivoise et se dompte, enfin je crois, j’espère.
Je vous aime, à demain
Nathalie
Jour 2-Les mères ne sont toujours pas là, les femmes naissent
Ce séjour est sous le signe du lâché prise et je m’y emploie avec acharnement. Ce n’est pas que je n’ai pas peur, je me suis même relevée cette nuit pour la démystifier. Et je lui ai trouvé un nom, gestation.
Elle prend des formes curieuses comme l’oubli. Ainsi, Je suis la fille de ma mère et je ne m’en souviens pas. Je suis la fille de mon père et je ne m’en je ne me souviens pas. Je suis la mère de mes trois enfants et je ne m’en souviens pas, la femme de mon mari et je ne m’en souviens pas, l’amie de mes amis et je ne m’en souviens pas. Cela me donne l’illusion d’être seule, alors qu’ils me laissent tous le champ libre pour créer.
Comme Ali était lui aussi parti à la fonderie pour rendre visite aux mères qui prennent leur temps et me font des secrets, j’ai laissée mes mains aller où elles voulaient et des femmes ont commencé à voir le jour. Des femmes qui s’abandonnent, des qui quittent, d’autres qui accueillent, celles qui prient, celles qui s’offrent les enfants qu’elles sont restées. Elles sont chacune d’entre nous.
En voici quelques ébauches

Je ne me souviens de rien sauf quand je convoque les moments qui nous unissent et quand vous vous rappelez à moi en m’envoyant de vos nouvelles qui me nourrissent.
Merci
Nathalie