Archive pour la catégorie ‘Thaïlande’
Jour 1- Reprise de contact avec la nature
A mon arrivée il y avait bien sûr Lukate et Ali, mais cette fois ils étaient accompagnés par Nanou la femme d’Ali dont j’avais tant entendu parler.
Le GPS nous nous a mené dans le quartier égyptien, et c’était une bonne surprise, nous y avons fêté la révolution qui ne se sentait pas beaucoup au bout du monde. Mais pour Lukate c’était exotique.

Pour nous aussi, les femmes voilées près des temples Thai, l’écriture arabe et l’écriture Thai entremêlées.


Ce matin, je n’ai pas rencontré les mères à l’atelier.
Il y avait Soy, Poo, Tee et Star qui marche. Il y avait Ali, Nanou et Lukate, le confort des lieux familiers.
Ce matin était une page blanche.
Pour s’en distraire nous avons été chercher des branches, avec le secret espoir de retrouver le masque. Derrière les grandes routes, la jungle fait oublier la civilisation, les fruits s’offrent, et les arbres sont sacrés

L’atelier du haut, étant envahi par les toiles d’Ali, les branches du grand cosmos avaient été remisées sur le balcon. Elles m’attendent depuis presque 1 an, elles me hantent et m’appellent. Il y a entre elles et moi une nécessité, Ali le sent, Ali le sait et me propose de remonter le grand Cosmos pour l’exposer dans un lieu public ou le jardin d’un ami (si vous êtes intéressé…). Il me propose de le remonter, de le mouler et puis après nous verrons.

Alors pour la 3ème fois, je remonte le grand cosmos, et cette fois encore il s’offre à moi, me parle et se laisse reconstruire.
Ca a été très vite, ensuite le chaudron de cire était froid, les nouvelles branches se reposaient, alors je me suis arrêtée pour vous écrire.
Et vous comment allez-vous ?
Et c’est parti
Le quatrième envol c’est ce soir.
Je vous fais grâce des valises, des petits cadeaux pour Star, Lukate, Ali et tous les autres, les pinces, les outils, le tablier, les branches pour la patine, les prières en hébreux au cas où, les cartes d’embarquements, les pulls pour l’avionles lunettes de soleil pour l’arrivée.
Mais ce que je partage avec vous c’est la première foule qui s’est installée chez elle hier.

Allez savoir pourquoi il m’a fallu à deux jours de mon départ jeter des branches les unes contres les autres. Créer des mères en bois qui ne voyageront pas, et me font promettre de rentrer.

Certains d’entre vous me l’ont demandé aussi.
Je vous aime
Nathalie
Je sais, je suis ingrate
Je vous cherche, je vous aime, je vous tiens en haleine pendant des jours, je me nourris de votre attention et puis rentrée, je vous oublie. C’est ce que vous croyiez et je ne vous en veux pas. Dans mes replis vous êtes pourtant présents. Sans cesse, je pense à vous, je me ressource. J’ai peine à croire que mes aventures ont existé qu’elles ont données naissance à quelque chose qui nous a unis.
Ali m’envoie des photos.




Le transporteur envoie le tout à Gênes sans se gêner, et moi à Genève je me lance à corps perdu dans d’autres projets du ventre et de l’âme dont je vous parlerai un jour. J’ai donné naissance à ma 3ème foule.

Emballé le tout, l’ai expédié à Bangkok, fissa fissa.

Parce que voyez-vous , vous allez de nouveau avoir des nouvelles de moi.
Je repars en Thaïlande la semaine prochaine.
Je vais encore me nourrir de vous, vous serez mon miroir pour un séjour que je veux paisible sans attente, seule avec les mères et l’oiseau, le vide et vous juste derrière.
Toutes les bonnes choses ont une fin
C’est pour mieux recommencer.
Alors je planifie déjà dans ma tête quand sera cette prochaine fois où je pourrais vous avoir comme partenaires et soutiens. Où la mémoire courte je me demanderais ce que je suis venue faire dans cette galère. Où Ali saura d’un mot, d’un conseil magnifier une chose toute simple. Où je serrerais la petite Star dans mes bras. Où je rirais avec Lukate. Où je serais si parfaitement à ma place.
Je laisse avec tristesse Ali et ses oeuvres spirituelles et provocatrices

Et Lukate qui aimerait bien trouver un mari occidental

Je laisse Ti, Bin Soy (dans le désordre) et la petite Star qui brille déjà

Mais aussi les pipelettes

Enfin je les laisseraient tout à l’heure, parceque ce ne fut pas une journée d’adieu, mais un jour de joie et de création jusqu’à la dernière minute
Le totem a avancé dans sa quête de spirituel, une nouvelle fois désossé, il porte désormais en son coeur caché, et a vous seuls révélé, le nom de Dieu.


Une fois de plus sur le métier j’ai remis l’ouvrage, et les prières au soleil et à la lune se sont entremêlées, tournant à l’infini autour de l’autre et d’elles même. Les mots gravés en miroir, sans miroir, s’impriment en épaisseur sur le tronc. Ils sont comme les surjets de ce socle, un tronc coupé il y a 70 ans, à l’exacte moment où le monde avait le choix entre le bien et le mal pour basculer du coté que l’on sait. Car la foi rejaillit forcement, il faut seulement trouver en quoi, en qui.J’espère en soi

Le masque se termine, il voit la dérision, de ceux qui le fuient , qui se fuient, attirés par une divinité inaccessible semblant porter toutes les promesses, tous les possibles, qui n’est que la parure vide de celui qui est au plus près de soi. Il reste la patine que je laisse à Ali, en « remote control », et que vous découvrirez en même temps que moi à Genève.

Les foules étaient en bonne voie et le danseur menait sa barque tout seul. Lukate et Soy et Ti chacun de leur coté m’avaient apportée des branches pour compléter celles ramassées à la plage. J’ai voulu voir ce qu’elles avaient à me dire. J’ai, je l’avoue essayé de refaire un masque que j’avais beaucoup aimé mais préféré laisser au totem (pour mémoire voir la photo. Comme rien ne nait sans lâché prise, de construction en construction, une demi heure avant de plier bagage, une sculpture qu’il serait hasardeux d’appeler oiseau est née, juste pour la joie, le petit plus.

Une oeuvre sans intention qui m’emmène vers les cieux déjà que je dois m’envoler ce soir. Une promesse que je laisse là, un lien de plus pour revenir vite.

ET voilà je laisse l’atelier, l’endroit d’où je créais et vous envoyais de mes nouvelles

Sur le chemin je croise un temple chinois connu pour exhausser les voeux, j’en fais aussitôt un dont vous faites tous partie.

Un dernier regard, un dernier au revoir, une dernière embrassade, un dernier appel pour se dire que c’était trop court et me voilà à Frankfort d’où je vous envoie mon message. Je prolonge le temps avec vous qui êtes mon dernier lien avec ce séjour. J’ai le temps, l’aéroport de Genève est bloqué par la neige.
Je ne vous ai pas montré notre copine de la « cantine », ni que j’avais conduit à gauche, ni des tas de petites futilités qui nourrissent la mémoire, mais je vous ai dit l’essentiel et je vous quitte heureuse, prête à reprendre l’aventure avec vous bientôt.
C’est presque fini, et je plane
J’ai eu des remords à vous avoir fait partager mes états d’âme.
Ce matin je me suis levée légère et reposée, et tous mes doutes m’ont semblée faire partie d’une autre vie. Je me souviens avoir eu peur, avoir été découragée et pleuré les deux autres fois où j’étais ici. L’exaltation qui avait suivi m’avait fait oublié les doutes. Je pourrais écrire la chronique de ces angoisses, mais n’oserais pas planifier la délivrance comme une réalité inexorable. Et cependant vivant ou mort l’enfant doit sortir.
Et bien je vous le dis, c’est un très joli bébé. Comme toutes les mères, ou presque, je suis comblée et si vous ne décelez pas encore ses promesses, moi je sais qui il sera, qui elles seront. Et puis je ne suis plus à mon premier enfant et je devais m’occuper des précédents les élever les éduquer les faire grandir, comme me l’a écrit ma douce Hélène. Chercher ce qu’il y a de mieux pour eux, comment leur permettre de donner tout leur potentiel.
Et de nouveau Ali a été présent attentif, astucieux et patient. Je lui ai fait défaire toutes les tiges des foules, que j’avais insister pour faire souder contre son avis. ET nous avons trouvé ce système :
Le totem a été re-désossé et remonté pour des broutilles qui ne me laissaient pas tranquille, un masque pas droit, un autre sans force, une branche sans force.
Comme une enfant gâtée rien ne me satisfaisait, ni l’écorce, ni la spirale, tout faisait décors. Et ce soir, comme à ce jeux ou chacun tire un peu sur une corde pour faire s’élancer la balançoire, qui finit pas s’envoler, nous avons trouvé. Je vais jeter toutes les prières que j’ai patiemment écrites à l’envers pour en faire l’emprunte et recommencer demain à l’aube. Le tronc va garder sa pureté pour témoigner. Voilà où sera gravée la prière
Pour ce qui est des mères, je laisse Emile en parler :
« J’ai toujours eu un amour particulier pour les arbres et les troncs… et les pierres: Et un autre pour toi qui nous fait rêver. d’histoires de fertilité et de mères lointaines et si proches de nos terres d hommes aussi remplies d enfants,
qui ensuite partent à travers le monde, légers de leurs histoires de parents auxquelles ils savent donner le juste poids afin de vivre leur vraie vie… »
Je précise juste que le cercle n’est qu’un support pour le montage, je veux des mères libres.
Ce soir Lukate, Ali et moi avons été diner tranquillement, comme au bon vieux temps, avec des rires et de l’émotion. C’est bon d’être avec des amis.
Demain sera une journée follement gaie de l’accomplissement et très triste de la séparation. Mais ce sera demain.
Je vous aime, merci de votre présence.
Nathalie
Je vais vous faire réver un peu
Comme c’est dimanche et que tout le monde a besoin de repos, je vous propose une histoire sans parole ou presque.

Les Bouddah se promènent couchés le dimanche, les animaux locaux font le guet, des arbres trimillénaires se cachent près de petits temples
La plage est dans un parc national dont l’entrée est protégée par le roi et qui abrite des temples improbables


Que vous dire de la plage, elle est paradisiaque l’eau y est chaude et pourtant les sculptures ne sont pas loin, celle si va nous attendre encore un peu sur le bord de la pinède
Une bonne journée se termine au marché de nuit avec des sauterelles grillées des bananes sautées et de petits desserts bien délicats.
Ouf, je n’ai plus le sentiment d’être venue pour rien.
Bon, bon c’est un peu exagéré, je veux dire de n’être venue servir que les créations passées. Le manque de sommeil, la tension et cet état de découragement que je retrouve chaque fois comme une mauvaise amie, me laissent abandonnée.
Mais ce soir, je suis soulagée, mais incapable d’apprendre que chaque fois c’est pareil, parce que cela semble toujours être une grâce qui se mérite.
Non pas de femme sauvage, pas de waouh, juste la sensation au creux du ventre que ça marche. Les mères se sont offertes, elles se sont couchées, mais ne brûlons pas les étapes ce serait trop facile de savoir la fin sans connaître les affres
Tout d’abord le Totem, qui a été très désossé encore aujourd’hui et en regardant les photos je m’aperçois que ce n’est pas fini, il s’est paré de sa prière à la lune (qui sera en bronze, mais est présenté ici en cire) en spirale, en bandeaux et en écorces, ici tout le monde préfère en écorce


Une pose déjeuner et un joli dessert qui mérite mieux que ce qu’il semble offrir…

…Tout comme les mères, qui ne vous parlerons peut être pas. je pensais devoir les parer comme des reines pour les mettre en valeur et les honorer.


Et pourtant leur essence même est suffisante. C’est mon ami Piero qui me l’a écrit hier comme dans une vision prémonitoire : « ces arbres hybrides et biologiquement improbables sont de plus en plus beaux et de plus en plus humains.Les branches de « l’être » s’écrivent donc bien avec un « h » « très inspiré ». Elles seront fixées sur une tige invisible, et viendront se poser qui sur un pied qui sur le mur.


Et voilà, je vais aller me coucher tôt, soulagée presque sereine. Demain, dimanche, c’est relâche, nous partons à la plage de Hua Hin, je sais cela semble injuste car chez vous (moi) il neige, mais cela je suis sûre de l’avoir mérité
3ème jour, le murmure se fait plus fort la pression aussi
Ce soir, après avoir eu mon ami Djamel au téléphone, je me suis détendue. Peut être ne suis-je venue que pour servir mes créations passées, elles demandent de l’attention et encore beaucoup de travail.
J’ai un peu écris ce matin, et me suis mise en état méditatif au bord de mes émotions, en marge, hors du bruit de l’atelier et de deux artistes des Pyrénées qui travaillent en même temps qu’elles parlent parlent parlent.
Je mes suis offerte à ce que je faisais, les lettres une après l’autre. Me suis ensuite levée pour accrocher les branches de Hêtre et de cornus à un fil, comme cette émotion qui ne demande qu’à sortir. Du hêtre a reconnu Marie-Frédérique c’est sûrement pour me dire cela que je suis est dans l’atelier avec elle. Le bruit des murmures se fait plus fort.


Après le déjeuner, après avoir peaufiné les foules, avec pudeur, nous sommes repartis à l’assaut des hauteurs. Cette fois Lukate et Soy, aussi, s’y sont mis.


Nous avons dompté la parure de la divinité, et finalement, aujourd’hui le totem ressemblait à ça. Il reste à habiller le tronc des prières à la lune, au soleil et à la pluie et d’autres bénédictions, en fait ce que l’on attends d’un totem.
La fin de la journée est arrivée vite, déjà 18 heures, les ouvriers sont partis. le soleil aussi.


Ce soir, après avoir eu mon ami Djamel au téléphone, et après vous avoir écris je me suis détendue. Il me reste encore beaucoup de travail donc beaucoup de possible.
Je n’étais pas fière en arrivant ce matin
Parce que la chance a été avec moi (et vous aussi) lors de mes deux derniers voyages, parce que les branches se sont offertes et m’ont accomplies et que les miracles ne peuvent se répéter à l’infini. Il faut que j’apprenne l’humilité.
Mais voilà j’ai été accueillie par la jolie Star dont vous vous souvenez peut être.
Mais aussi la deuxième foule attendait sagement, et les branches se sont découvertes mais pas encore dévoilées, elle me chuchotent quelque chose que je ne comprends pas encore


Le totem en était là

Et l’inquiétude n’a pas diminué car les textes que je dois graver sur le socle se sont refusés à moi, c’était laborieux




Et j’ai fini pas trouver (il y a bien le aleph qui se remet à l’envers dès que je relâche mon attention), cela va être long, ce sera une bonne excuse pour ne pas trouver de nouvelle sculpture à dire
A la fin de la journée j’avais écris ça, studieusement, avec des fautes peut être mais ce n’est pas le quart de ce qu’il me faut encore graver
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Le totem lui a prit tournure, il s’est paré de ses masques il cherche encore le mouvement vers le ciel, nous avons, entre deux lettres, soudé (enfin Ali et Ti) coupé abrasé et ressoudé, demain, demain c’est sûr il s’élancera




Il est tard, tout le monde est fatigué, moi j’ai encore envie d’en découdre, mais l’atelier ferme, je le laisse ainsi, et c’est vous que je retrouverais avec lui demain

Et me voilà, de retour
Comme si je n’étais pas partie. Lukate et Ali m’attendent, mes branches secrètes sont arrivées nous verrons demain dans quel état

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Et de nouveau sur la rivière un nouveau petit paradis, demain on se met au travail.


J’ai hâte de vous le montrer de vous en parler, de savoir ce que vous en pensez.